Marguerite VILLEDO
et son trio d’hommes.
Dans l’état actuel de nos connaissances, nous pouvons tenter de décrire un peu l’existence de celle qui fut la grand-mère la plus ancienne, jusqu’à laquelle la famille de Tarade puisse remonter avec certitude.
On va représenter une femme du XVIIeme siècle, dans son milieu, dans sa famille, en plusieurs lieux, tout cela étant estompé par la brume dont le temps sait envelopper toutes choses.
Petite fille de la campagne. Campagne pauvre de la Creuse.
Les documents ne nous laissent aucune trace de son enfance, et si nous avons pu découvrir quelques choses au sujet de Marguerite Villedo, c’est surtout à cause de son frère Michel, de son premier mari, Jehan Taradon, de son second mari Antoine Bergeron et de ses enfants Antoine, Marguerite, Odille et Jacques Taradon.
Des auteurs nous disent que son frère Michel serait né à Pionnat, vers la fin du XVI eme siècle et que celui-ci avait trois sœurs : Marguerite avait donc un frère et deux sœurs. Nés à Pionnat aussi ?
Il est possible que leur père ait déjà été un de ces homme de la maçonnerie migrants sur Paris, comme il y en avait à cette époque. Annie Moulin dans son livre sur "les maçons de la Creuse " nous explique très bien les raisons de cette migration importante que, nécessitait la pauvreté des revenus naturels du terroir. Quatre enfants était dans la moyenne d’un maçon migrant. Mais !
Situation des familles Villedo, Taradon et Bergeron.
Certains comme Vigneul de Marville disent que " Michel Villedo avait débuté dans la capitale avec ses compagnons, petits limousins, fraîchement débarqués, comme aide maçon ". Henri Gerbaud ajoute " un de ces petits Limousins qui servent les maçons à Paris et portent l’oiseau dans les ateliers.
N’y a-t-il pas là une volonté de minimiser un peu, pour mieux démontrer une ascension de Michel Villedo ? Dans l’histoire de la Marche, Maurice Favone dit de lui :
" est né à Pionnat, en 1580. Sa vie a été romancée par les historiens disant qu’il avait été à Paris comme maçon et qu’il devint architecte. C’est inexacte. Il était de famille bourgeoise. Antoine Thomas a fait des recherches édifiantes à ce sujet… "
Il semble qu’il y ait polémique sur le sujet de l’origine sociale de Michel Villedo. En fait, où sont les certitudes et les suppositions.
Certitudes : Jehan Taradon était d’une famille de laboureurs, ainsi qu’Antoine Bergeron. Très probablement les Villedo également. Quelle était la situation sociale de chacun :
Aussi loin qu’on puisse remonter par les R.P. et A.N., on trouve que Léonard Taradon traite avec un Martin de Biencourt en 1657. Son fils Claude Taradon a pour parrain en 1653 Claude Martin de Biencourt, fils de Françoise de l’Etang et de Charles Martin de Biencourt, seigneur de Boisgenet (paroisse de Pionnat) e.a.l. Le dit Claude Taradon entrepreneur de fortifications épousera en secondes noces Catherine de l’Etang. Nous avons encore Marguerite Aupetit, veuve de Philippe Taradon de Fôt qui traite un " pastural " en 1658 avec Gabrielle Labouraye. L’épouse du dit Claude Martin de Biencourt est Anne Laboreys. Ceci n’est qu’un exemple, mais ces rapports sociaux n’étaient certainement pas récents, de plus nous ne nous sommes renseigné que sur la famille Taradon, (ces Taradon sont frères ou cousins et neveu de Jehan Taradon) il en était certainement de même pour les Villedo et les Bergeron.
Dans une communication paru dans la revue du cercle généalogique de Normandie il y a une vingtaine d’années.
Madame Cornubert-Osmont disait au sujet des " laboureurs " :
C’est au XVIeme siècle que nous trouvons ces laboureurs, dont l’état se rattache à une situation privilégiée, à un patriarcat paysan. Bien des gentilshommes étaient laboureurs, voire même seigneurs-laboureurs, que le jurisconsulte Loyseau appelle " la menu noblesse des champs ".
Bourgeoise donc, pas nécessairement marchande et citadine, mais paysanne, qui s’alliait entre elle et avec cette " menue noblesse des champs ". Propriétaires de leurs terres, menant transactions et exploitations, classe très attachée à ses traditions, et faisant instruire ses fils. Il n’est que de feuilleter les registres et actes notariés pour trouver dès la fin du XVI eme siècle les signatures aisées de ces laboureurs.
Mais s’ils n’étaient pas très riches ces laboureurs gardaient une certaine tenue sociale et formaient une caste, nombreux étaient ceux qui se faisaient enterrer dans l’église.
Nous verrons plus loin les travaux de notre Trio, mais il est certain qu’ils étaient de la bourgeoisie locale qui s’alliait avec la noblesse et faisait instruire ses fils. C’est ce qu’Antoine Thomas a dû découvrir dans ses recherches sur les Villedo.
Ils n’ont peut-être pas été des précurseurs, mais ont probablement utilisé la migration des maçons, pour les employer dans leurs entreprises parisiennes.
Avant cela ils devaient recevoir l’instruction indispensable. La meilleur voie connue pour la formation des maçons qui pouvait mener à la maîtrise, et par là traiter des marchés, entreprendre et former d’autres maçons, était le compagnonnage (Jean Pierre Bayard, et Monsieur de la Mare). Les apprentis, quelque soit la situation finale à laquelle ils voulaient accéder devaient commencer par le bas de l’échelle. Vigneul de Marville et Henri Gerbaud n’ont probablement vu que les apprentis mais pas d’où ils sortaient ?
Aucun ne parle très clairement des deux autres, Jehan Taradon et Antoine Bergeron (si ce n’est : " ces petits limousins ") qui seront pourtant associés de très près à l’œuvre de Michel Villedo. Il y avait d’autres entrepreneurs dans le clan, un Pierre Bergeron, un Noblet, probablement un Hanicle et peut-être d’autres, mais ici je ne veux parler que du Trio qui concerne de plus près Marguerite Villedo.
Ce qui apparaît, avant que Marguerite n’entre en scène, ce sont les clans de ces gens de la bâtisse, qui voyagent ensemble de la Creuse à Paris (pour ceux qui nous intéressent ici) entre mars et novembre, revenant au pays avec le pécule plus ou moins important qu’ils avaient pu amasser en vendant leur savoir et la force de leurs bras dans la Capitale. Certains cependant se sédentarisaient sur le lieu de leur travail. Postes nécessitant leur présence toute l’année, mariage sur place ou plus de famille au pays.
Ce n’est pas parce qu’on retrouve des personnages, comme le père d’Antoine Bergeron nommé " laboureur " en 1644, lors du mariage de son fils, qu’il l’ait été toute sa vie. Beaucoup, après une carrière bien remplie dans les travaux de maçonnerie, passaient le relais à un fils ou un gendre et rentraient au pays s’occuper des terres familiales qu’ils avaient pu, parfois grâce à leurs revenus, agrandir. Ils étaient alors nommés laboureurs dans les actes notariés. ( A.M.)
Antoine Bergeron né aux Forgettes de Pionnat selon Henri Gerbaud, était fils de Jean Bergeron et de Marguerite Martin. Il est le seul des trois dont on connaisse les parents. Ses frères et neveux Bergeron sont nommés " sieurs des Forgettes "
La plus ancienne mention retrouvée de Marguerite Villedo remonte au 7 février 1630, lorsque devant le notaire maître de l’Estang, à Jarnages, elle va épouser par contrat Jehan Taradon le jeune (il y avait donc un Jean Taradon le vieux ou l’ancien. Son père ? Un oncle ? ). Elle ne sait alors ni lire ni écrire, lacune qu’elle semble avoir conservé jusqu’à la fin de sa vie. La mention de ce contrat de mariage relevée dans l’inventaire après décès de son mari, ne donne malheureusement pas le nom de ses parents ni son âge ni son lieu de naissance qui pourrait être le même que celui de son frère Michel, né à Pionnat ou peut-être à Jarnages, dont l’église a Michel pour vocable, dit Henri Gerbaud. Cette argument me paraît peu convaincant quand on connaît le principe général d’attribution des prénoms dans cette région, à cette époque qui veut que les garçons portent le prénom de leur parrain et les filles celui de leur marraine.
Par contre nous avons un relevé ancien qui date de 1589, d’un contrat entre Léonard Taradon et un certain Villot demeurant au village des Forges. Il pourrait bien s’agir de la famille Villedo dont il est écrit dans la notice de Gilbert Phlippe Emile de Tarade : " Villedot des Forges ". (Les Forges étant sur la paroisse de Pionnat)
Les maçons faisaient des saisons de travaux, soit à Paris soit dans d’autres villes de province (on en rencontre deux et un charpentier originaires de la Marche, à Corbeilles en Gâtinais). Pour ceux de notre famille c’est sur Paris que se situe le théâtre de leurs opérations et évolutions. Jehan Taradon avait une maison à Courtry, près de Paris, ainsi qu’il est dit dans son inventaire après décès. Annie Moulins dans son livre mentionne Micheline Baulan, qui " constate que les maçons limousins sont apparus autour de Meaux de façon isolée dès le début du XVII eme siècle". Nous relevons dans les histoires de Meaux de nombreuses et importantes constructions à cette époque. Sur la Cathédrale construite entre le XII eme et le XVII eme siècle, le Palais Episcopale entre le XII eme et XVIII eme siècle, de nombreux hôtels particuliers du XVII eme et XVIII eme siècle. " Meaux a traversé les siècles en accumulant des richesses patrimoniales considérables ", est-il dit. Mais Courtry, semble beaucoup trop loin de Paris pour que Jehan y ait habité encore au moment de son mariage et travaillé en même temps avec son beau frère Michel Villedo aux ouvrages parisiens.
Au mariage de Marguerite Villedo, son frère Michel était déjà marié et habitait Paris où il travaillait avec Jean Taradon, un " Pays " comme on disait entre gens du même village. Ils entretenaient certainement de bonnes relations. C’est Michel qui dota sa sœur de 20.000 livre pour son mariage, " pour l’amitié qu’il lui porte ". (dot assez considérable puisqu’elle représentait la valeur d’une maison particulière dans Paris).
Il est presque certain que le ménage Taradon-Villedo resta habiter Clermonteix, paroisse de Jarnages. Les registres paroissiaux de Courtry, qui existent pour cette époque, ne révèlent aucun baptême d’enfant Taradon. Nous soupçonnons beaucoup plus cette habitation dans la Creuse. Pas de registres paroissiaux pour cette époque à Jarnages. Mais par contre Marguerite Villedo possédait une demi-propriété à Clermonteix, où Jehan Taradon va mourir en (1641 ?). Marguerite déclare en 1644 avoir une dette envers la succession de son mari pour travaux qu’il a effectué sur cette propriété. De plus Marguerite et Jehan se marient à Jarnages. Probablement lieu d’habitation de Marguerite à ce moment là. L’hypothèse de retour saisonnier dans la Creuse de Jehan, pourrait encore être confirmée par la date de naissance de leur fils Odille, en Novembre, (enfant conçu en février, ce qui était fréquent chez les migrants, mais n’ayant qu’une date de naissance sur les quatre ce n’est qu’une maigre indication) et plus certainement par l’inventaire après décès que nous verrons plus loin.
A ses retours à Jarnages, Jehan Taradon maître maçon, entrepreneur et inspecteur devait procéder au recrutement des main d’œuvres nécessaires aux chantiers parisiens sur Jarnages, Pionnat et environs.
Alors, comme beaucoup de femmes de maçons-migrants, Marguerite Villedo ne revoyait-elle son mari qu’en hiver lorsque les travaux étaient interrompus. Certaines ne les revoyaient pas tous les ans.
Marguerite mit donc au monde quatre enfants, le premier Antoine et la seconde Marguerite à des dates inconnues, le troisième Odille (un garçon) en novembre 1637, cette date est indiquée à l’envers de son portrait peint par Lefèvre, et confirmée dans le contrat de mariage en secondes noces de Marguerite Villedo et le dernier fils Jacques en 1640, date attestée par ce même contrat.
Il y avait sur les villages de Jarnages et Pionnat plusieurs cousins et cousines Taradon et peut-être aussi Villedo, mais nous n’en avons pas de trace. Ce monde dont les maris étaient pour beaucoup aussi migrants, laissait des femmes qui devaient se rencontrer. Les maris étaient : tailleurs de pierres, appareilleurs, maçons et entrepreneurs de maçonneries. (ces professions indiquées sur les actes de baptême ou notariés, aux villages, prouvent que les femmes y demeuraient habituellement).
Quant nos compagnons devinrent-ils tous les trois maîtres maçons et entrepreneurs ? (et non architectes comme il a été écrit plusieurs fois par erreur au sujet de Michel Villedo. Selon Gerbaud). Pour Michel Villedo, avant 1625 comme nous le verrons plus loin. Il fallait être maître maçon pour avoir le droit de traiter des marchés.
Ces entrepreneurs et maître maçons avaient très mauvais caractère généralement, habitués à traiter des marchés difficiles. Ils avaient leur franc-parler. (A.B.) Et les creusois un accent épouvantable (A. M.)
Michel Villedo à dû monter à Paris peu avant 1610. Il épousera Marguerite Hanicle en 1621(Gerbaud). Son compagnon Jehan Taradon épousa donc sa sœur Marguerite en 1630, laquelle sœur veuve épousera Antoine Bergeron en 1644. Une belle association qui va bien au delà du professionnel. Dans ce trio, Michel semble le plus dynamique et entreprenant, mais ne nous y trompons pas, Jehan Taradon mourut trop jeune, 45 ans environ (1596- 1641 ?), pour avoir eu le temps de laisser des traces importantes, et de plus l’anoblissement de ses fils l’a un peu éclipsé. Quant à Antoine Bergeron, il n’a pas laissé de descendance qui prolonge son œuvre comme les deux autres.
On peut supposer raisonnablement que Michel Villedo quitta la Creuse définitivement, après son mariage au plus tard. Car il eut de son épouse treize enfants, dont sept seulement atteindront l’âge adulte. Ce nombre d’enfants est anormalement élevé pour un migrant, de plus son activité devait nécessiter une présence constante à Paris. Les registres des paroisses de Jarnages et de Pionnat ne laissent aucune trace de Villedo, alors que de nombreuses familles Taradon et Bergeron y sont encore attestées à cette époque. Peut-être n’avait-il plus de famille aux villages à part sa, ou ses soeurs.
Michel, devait être un homme sûr de lui, probablement le porte parole du trio d’entrepreneurs associés. Il suffit d’analyser sa signature, grande, sans complexe et affirmée, qui s’impose, celle de son compagnon Jehan, petite, presque timide, et d’Antoine, normale sans particularité.
C’est donc de l’œuvre de Michel dont il va être question dans les ouvrages historiques, mais on peut savoir qu’il fut épaulé par un solide clan marchois.
Travaux connus
Henri Gerbaud nous dit :
La liste des travaux de Michel Villedo atteste une vive activité de bâtisseur. L’une de ses premières entreprises importante semble être la construction en tout ou partie, pour Lamoignon, vers 1625, du château de Bâville, au sud de Paris. Mais c’est essentiellement dans le quartier du Marais, dont il lotit une partie importante, qu’il exerce ses talents de maître maçon, puis de maître général des œuvres de maçonnerie du Roi.
On lui doit en premier la construction de deux belles églises du Marais, que rappelle Alexandre Gady. En 1632-1634, sur le plan de François Mansard, il édifie, rue Saint Antoine (au 17), l’église de la Visitation-Sainte-Marie (qui a pour aumônier saint Vincent de Paul) ; en 1643 rue du temple (au 195), il reprend pour l’achever vers 1646 la construction de l’église Sainte Elisabeth, commencée en 1628 par le maître maçon Louis Noblet et arrêtée en 1631. Autre construction remarquable : celle de l’Hôtel d’Aumont (n° 5-7 de la rue de Jouy), édifiée pour le compte du financier Michel Antoine Scarron, dont la fille va épouser le Maréchal de France Antoine d’Aumont, et que Villedo achève en 1649-1650, respectant l’ordonnance primitive, due, semble-t-il, à François Mansard.
De moindre importance sont, dans le même Marais, d’autres réalisations de Villedo. Autour des Coutures Saint Gervais, c’est en 1638-1640 dans une rue ouverte en 1637, la construction avec Noblet, de douze maisons semblables, d’où le nom de la rue des Douze Portes donnée alors à l’actuelle rue Villehardouin. Rue Saint Claude, sans doute est-il le constructeur, après 1642 de la maison qu’il a vendue à Etienne Papot. Comme il est vraisemblablement, rue de Turenne, vers 1640, de l’Hôtel de Hesse (au 62) et de l’Hôtel Méliand (au 64) pour François Petit, maître d’hôtel ordinaire du Roi, et aussi au n° 35 l’immeuble qui porte son nom, remanié au XVIII° et XIX° siècle, où il aura habité jusqu’en 1664 ; une autre maison qui lui a appartenu aussi rue du Pont aux Choux. Jehan Taradon avait aussi une maison rue du Pont-aux-Choux et une autre rue Saint-Louis.
Un revers bien profitable
.René Héron de Villefosse nous dit dans son livre sur " les bourgeois de Paris " :
" Il y eut au grand siècle à Paris, de prodigieux entrepreneurs, dont le nom serait relégué dans les grises colonnes des dictionnaires biographiques, si d’étroites rues anciennes ne l’arborait pas….
Henri IV se plaisait au bâtiment et il n’y avait pas de répit, dans la construction sous son règne, ni sous celui de Louis XIII. Rapidement remarqué à cause de son intelligence, Villedo réussit à intéresser le Père Joseph, et par conséquent Richelieu lui même, à un projet de large canal, destiné à faire revivre le bras disparu jadis de la Seine, à l’extérieur des grands boulevards, depuis l’Arsenal, jusqu’à l’extrémité du Cours-la-Reine. La Chaussée d’Antin n’étant pas encore construite, il aurait suffit de creuser et de maçonner le ruisseau de Mesnilmontant, survivance de l’ancien lit. Ce canal de dérivation aurait évité les inondations, en cas d’intempéries brutales. (On sait que les inondations étaient un gros soucis de Paris à cette époque)
Après avoir hypocritement signé le traité nécessaire en 1637, le bureau des finances, à la requête du surintendant Bullion, s’opposa au règlement, une fois les travaux engagés. Villedo nommé à titre de compensation " général des œuvres de maçonneries et ouvrages de sa Majesté "
Nous voilà donc renseigné sur la date à laquelle il reçu cette charge, qui normalement s’achetait (environ 14.000 livres) et qui était fort lucrative par son exercice. Mais ses deux compagnons n’ont pas été oubliés dans la distribution, à moins qu’il n’aient acheté la mise à niveau, puisque Jehan Taradon fut reçu à celle d’Inspecteur des bâtiments du Roi et maître général des voies et bâtiments du Roi, tandis que Antoine Bergeron fut reçu à la charge de Maître général des bâtiments du Roi, ponts et chaussées de France, il était aussi en 1644 Conseiller du Roi en ses Conseils. Ils se complétaient : un maître général maçon, un maître général ponts et chaussées et un inspecteur des voies et bâtiments.
C’est peu après que le trio se brise avec la mort de Jehan, le mari de Marguerite Villedo, (1641 ?) la laissant veuve avec quatre enfants dont le plus jeune n’avait qu’un an ou deux, à Clermonteix. Cette date de 1641, décès de Jehan Taradon, peu précise, donnée par Henri Gerbaud m’étonne un peu, car il semblerait bien qu’il ait été parrain d’un petit Jehan Taradon le 6 juin 1642 à Pionnat. Bien que juin soit peu compatible avec l’activité d’un migrant. Un maître maçon se déplaçait peut-être à cheval. Martin Nadaud mettait quatre jours pour aller de Guéret à Paris. Les Creusois étaient de très bons marcheurs, mais quand même, la longueur des étapes qu’il indique, Guéret, Issoudun, Salbris, Orléans et Paris, et la rapidité du voyage étonne un peu.
Mariage en secondes noces
Il faudra attendre le 25 novembre 1644 (mois de la morte saison chez les maçons) pour qu’elle retrouve un mari en la personne du bon Antoine Bergeron. Le contrat sera passé en la maison de Michel Villedo, sise rue du faubourg Saint Louis, paroisse Saint Paul. Il sera témoigné par neuf personnes au moins. Un autre Bergeron, Marguerite Hanicle, Noblet, Papot, De Levigne et d’autres signatures. On remarque là des noms avec qui et pour qui Michel Villedo à travaillé, et pour les trois dernier, des noms de ses gendres. Le bon frère Michel va encore doter sa sœur Marguerite de 6.000 livres.
Je dis aussi le " bon Antoine" car la suite de l’histoire de la famille de Tarade laisse à supposer qu’il s’est très bien occupé de ses fils adoptifs mais n’en eut pas lui même malheureusement.
Le mariage avait été précédé le 21 novembre d’un inventaire après décès de Jehan Taradon, dans sa maison de Courtry, une maison contenant dans une chambre basse un lit à rideaux, un meuble en noyer, 18 draps de lit, deux douzaines de serviettes, une douzaine de serviettes, une commode contenant de la vaisselle, une table et un banc, des plats et assiettes, 25 livres, quelques lingeries à usage de femme, et quelques papiers : factures, sommes d’argent qu’on lui devait, et son contrat de mariage.
A part " la lingerie à usage de femme ", le peu de choses inventoriées dans cette maison et le fait qu’une seule pièce semble avoir été habitée, confirme que la famille ne demeurait pas là. De plus Jehan Taradon possédait des biens immeubles " tant au village et territoire de Fôt que partout ailleurs " et avait une liste de dix débiteurs pour 303 livres tous de Pionnat et Jarnages. Les non migrants, sédentarisés à Paris ou ailleurs, réglaient généralement leurs comptes avec leurs débiteurs ou créanciers et vendaient leurs biens au pays, avant de partir définitivement (A. M.) ( Une maison habitée avec quatre enfants ne peut être aussi vide d’objets utiles quotidiennement). Jehan Taradon avait aussi comme son beau-frère et Antoine Bergeron des maisons à Paris, nous en connaissons deux au moins. Alors Courtry ? Résidence secondaire ? comme certains bourgeois de l’époque en avaient dans la périphérie de Paris, ou des chantiers plus anciens ? ou héritage ? Nous n’avons que cet inventaire, y en avait-il d’autres ?
L’inventaire nomme bien les quatre enfants du ménage Taradon-Villedo. Mais curieusement, le contrat de mariage Villedo-Bergeron, quatre jours après, ne parle plus de l’aîné Antoine Taradon. Il aurait eu au maximum 12 ans, serait-il resté à Clermonteix ? employé à quelque travaux sur place ? ou malade en garde de ses tantes, des sœurs de Marguerite ? Antoine Bergeron ne déclare pas se charger non plus de l’éducation de Marguerite Taradon, la fille. Il est vrai que sa mère ne sait ni lire ni écrire, et qu’on pouvait se marier très jeune, elle devait avoir dans les onze ans. Elle ne se maria qu’en 1658. (Elle avait plus de 21 ans).
A la suite de ce nouveau mariage, pour Marguerite Villedo, cela va être un changement radical, puisqu’elle va venir habiter avec Antoine Bergeron et ses enfants probablement rue de la Mortellerie où Antoine habitait en 1644 et si l’on suit Hillaret, en 1661 peut-être rue Richelieu n° 45 (Elle est dite dans nos archives veuve d’Antoine Bergeron demeurant rue Richelieu). Elle va retrouver son frère et sa belle sœur Marguerite Hanicle et tous ses neveux, une belle famille Bergeron dont un frère d’Antoine au moins, aussi entrepreneur, et même un neveu Jean Taradon, le filleul de son mari, connu dans le quartier Saint Roch un peu plus tard. Elle va se trouver encore plus concernée par le travail des maçons. De la rue Richelieu elle peut suivre de près l’évolution du quartier de la Butte aux Moulins que Michel son frère et Antoine son mari ont loti pour le raser et le bâtir.
Ses fils vont d’abord aller à l’école du quartier (A. B.). Puis probablement suivre une formation pour devenir maçons puis maîtres maçons et entrepreneurs, comme leur père, beau-père et oncle. Sur le tas, dans les ateliers et sur les chantiers de leur famille et probablement avec les cousins Villedo, le cousin Jean Taradon et plusieurs neveux Bergeron. Nous savons que Jacques le plus jeune suivit une formation également en Italie (A.B.)
Retour aux chantiers
Pendant ce temps les ouvrages allaient bon train. Henri Gerbaud poursuit au sujet de Michel Villedo et Antoine Bergeron.
En dehors du Marais, un autre quartier porte les marques de son activité. L’historien des rues de Paris Jacques Hillaret rappelle que dans la rue Richelieu, au n° 45, est l’emplacement d’une maison ayant appartenu à Villedo et à sa famille de 1661 à 1738 ; au n° 51 est " une maison à pignon construite par Villedo, vendue 20.000 livres en 1668, à Jean d’Ansse de Villeoison " ; au n° 59 est " l’emplacement d’une autre construction de Villedo, propriété de 1719 à 1737 du fermier général Jean – Rémy Hénault ".
Surtout, c’est à l’initiative de Micjhel Villedo que fut entrepris, dans le quartier Saint Roch, l’aplanissement de la fameuse Butte aux Moulins, formée par l’amoncellement des gravois, sous François Ier, lors des travaux de fortification de l’enceinte Charles V. Il n’en verra cependant pas le complet arasement. Lorsque Hillairet écrit : " cette butte fut arasée en 1667-1677, par Villedo et ses terres comblèrent les fondrières de la ferme des Mathurins " Il est évident que ce sont ses fils qui achevèrent les travaux. Il semble plus exact en revanche que Michel Villedo fut un des premiers à spéculer sur les terrains libérés où il fit construire de nombreux immeubles, un dans le clos-Georgeau, quatre dans la rue du Hazard, deux dans la rue Sainte Anne et un dans la rue Traversière où il se logea.". Comme quoi notre Marchois, tout en travaillant pour autrui, n’oubliait pas son intérêt personnel ! Ajoutons qu’à cela il joignait les profits que lui valaient un grand nombre d’expertises des travaux effectués par ses pairs, lesquels sont attestés par les relevés des greffiers du bâtiment de Paris conservés aux Archives Nationales.
Vaux-le-Vicomte : le Gand œuvre.
Toutefois, ce n’est pas à Paris que se situe le couronnement de sa carrière, mais à deux lieux de Melun, lorsque, après le 6 août 1656 le richissime surintendant des finances Nicolas Fouquet décide d’édifier sur ses terres où il a fait raser trois villages, le fastueux château de Vaux.
A peine l’acte est-il signé entre le futur châtelain, l’architecte André Le Vau et l’entrepreneur Michel Villedo que " les travaux commencent sans retard, avec une célérité et une activité prodigieuse, à grand renfort d’ouvriers " (J. Cordey). Son beau frère Bergeron assiste Villedo dans la direction, le suppléant au besoin, tandis que le Brun va diriger la décoration du château et La Nôtre la création des jardins.
" Un an plus tard, le 23 septembre 1657, malgré les changements survenus dans les projets, la maçonnerie du château était terminée, la charpente établie et la toiture en cours d’exécution. Ainsi en treize mois, le gros œuvre fut terminé et en moins de trois ans le château était logeable. "
Tout le monde sait comment le 17 août, Fouquet, ayant convié plus de six mille participants, " Fetoya son Maître et son Roi, N’épargnant ni soin ni dépenses. Pour montrer sa magnificence " (dixit le gazetier Loret), avec un fantastique déploiement de luxe, illuminations, grandes eaux, divertissements donnés par Molière et Lully : La Fontaine a raconté tout cela. Effet inattendu de cette magnificence : le Roi irrité de tant de dépenses et d’ostentation, trois semaines après, fait arrêter Fouquet, qui sera envoyé finir ses jours à Pignerol.
Que devient alors le constructeur de Vaux ? On sait que Villedo ne prendra pas part, à la différence de son beau-frère Bergeron, toujours sous la direction de Le Vau, aux premiers travaux préludant à la construction de Versailles. Avant que remarié, il meurt, à plus ou moins de soixante dix ans, rue Villedo, dans l’une des maisons qu’il y a fait construire, le 9 décembre 1667, faisant un legs à l’église de Jarnages où s’était mariée sa sœur Marguerite.
Son fils François a pris le relais de sa charge de Maître général des œuvres de maçonnerie des bâtiments du Roi et c’est lui qui à l’honneur, nous dit Perrault dans ses mémoires, de tendre au Roi le marteau dont celui-ci frappe la première pierre de la colonnade du Louvre. Quant à ses autres fils, Guillaume, à son tour deviendra maître général des œuvres de maçonnerie des bâtiments du Roi, ponts et chaussées de France, et leur aîné Michel, architecte ordinaire des bâtiments du Roi.
Michel semble avoir habité, rue du faubourg Saint-Louis en 1644, rue Taversière, 35 rue de Turenne jusqu’en 1664 et rue Villedo en 1667. Ses enfants et de Marguerite Hanicle se seront mariés, Guillaume avec Marie Hardoin, Marguerite avec en 1ere noces Jean de Polastre et en seconde noces avec Antoine Picon d’Andrezel, Une fille épouse Michel de le Vigne (al. de Lavigne), Catherine épouse Michel Noblet, nous ne savons pas pour Michel le jeune et François, Madeleine épouse Etienne Papot.
René Héron de Villefosse écrit : Contrairement au goût de ses contemporains, fils de leurs oeuvres Villedo, dont la fille était richement dotée, lui fit épouser un bourgeois, le médecin Lavigne. La sœur de ce dernier était liée avec Madame de Scudéy….
… A côté de ces comètes assez fréquentes dans le ciel parisien, les vieilles et sages planètes et constellations d’anciennes souches poursuivent leur cycle lent.
Remarques que l’on pourrait nuancer, car Marie Hardoin était fille de maître maçon, Michel Noblet et Etienne Papot étaient aussi maîtres maçons. Quant aux " constellations d’anciennes souches ", Il y avait une constellation que formaient cette association familiale, leurs descendants et neveux, et elles était bien d’ancienne souche, dans la bourgeoisie provinciale.
Après 1667, il ne reste plus qu’Antoine Bergeron et Marguerite Villedo de cette belle entente, de cette génération, Les descendants vont savoir se montrer à la hauteur, mais n’ont plus d’échelons à gravir dans la bâtisse par rapport à leurs pères. On va les retrouver dans de grands ouvrages parisiens, et de Versailles architectes et entrepreneurs des bâtiments du Roi et parmi les ingénieurs du Roi travaillant aux fortifications du Royaume.
Marguerite Taradon, la fille de Marguerie Villedo aura été mariée en 1658 avec Jean Hanicle architecte et entrepreneur des bâtiments du Roi (nous n’avons pas le lien entre lui et la tante Marguerite Hanicle épouse de Michel Villedo, mais probablement de très proche parentée). Elle en aura quatre enfants, dont un prêtre et une fille qui épouse encore un (maçon) originaire de Pionnat, Pierre Mandonnet, fils de Jacques et de Marie Bergeron, la sœur d’Antoine (on reste en famille).Veuve, Marguerite Taradon épousera en secondes noces Joseph Martin, encore un nom bien du pays là bas, mais trop répandu pour pouvoir faire quelque rapprochement que ce soit. Joseph était brigadier des armées du Roi, ancien directeur des galiotes du Roi, elle lui donnera encore quatre enfants.
Tout cela Marguerite Villedo l’a vécu. Quant à ses garçons, après avoir été pilotés par le bon Antoine, ils prirent leur destin en main, sous le regard du maître d’abord, puisqu’on sait qu’Antoine travailla pour la construction de Versailles comme Jacques Taradon (devenu Tarade) (A. B.). Peut-être son frère aîné Odille aussi, mais il n’en est pas fait mention.
Odille se marie en février 1667 (peu avant la mort de son oncle Michel Villedo qui assiste au contrat de mariage) avec la fille d’un médecin ordinaire du Roi, Marie Bon de Billy. Ils auront deux enfants, Jean Luc Odile et Sébastien que Marguerite leur grand mère aura connu. Les soucis qu’auront donné à leurs parents ces deux fils a dû aussi chagriner la grand mère. Cette petite famille habite rue des Orties, tout près de la rue Richelieu.
Jacques se marie en peu après, en 1669 avec la fille d’un maître menuisier de Paris et menuisier ordinaire des bâtiments du Roi, Marie Lanier. Ils auront douze enfants mais la grand mère ne les connaîtra pas tous, d’autant qu’ils ont élu domicile en Alsace.
Antoine Bergeron mourut en 1681. C’est Odille, architecte et entrepreneur des bâtiments et fortifications du Roi, qui va alors s’occuper de sa succession, ce qui nous vaut un dossier riche en renseignements sur cette famille Bergeron, dont l’histoire s’imbrique dans celle des Tarade. Antoine Bergeron n’ayant pas eu d’enfant, la division de sa fortune va être assez compliquée, et ne pas plaire à tout le monde. Odille est accusé de malversations et d’avoir tiré profit de cette succession de manière douteuse.
En 1682 il rachète à René Paintaire, dans la succession, la charge de Maître général des œuvres et pavés, bâtiments du Roi, ponts et chaussées de France d’Antoine Bergeron et ce " pour plaire à sa mère Marguerite Villedo ".
Odille va continuer a exercer son métier de bâtisseur avec ses cousins Villedo sur l’emplacement de la Butte aux Moulins derrière Saint Roch. Son activité sera surtout orientée sur les rues Sainte Anne, des Orties (aujourd’hui disparue. Elle fut rasée lors de la construction de l’avenue de l’Opéra) et de la rue Villedo. On lui connaît pas moins de treize maisons et hôtels sur ces lieux, plus deux fois ¼ de maisons et ¼ de seigneurie à Bouy-le-Neuf, héritages et rachat d’héritage. Il va également travailler sur les fortifications de Dunkerque (A. B.). D’ou sa qualification d’entrepreneur de fortifications. Son histoire se poursuit mais ne concerne plus le temps de Marguerite Villedo sa mère.
Quant à Jacques Tarade, c’est un autre chemin qu’il va prendre. Après avoir travaillé sur Versailles un peu, on va l’envoyer fortifier Belle Isle en Mer, puis Pignerol. Très remarqué par Vauban il va être envoyé à Strasbourg où il deviendra rapidement le directeur des fortifications d’Alsace et le plus important directeur de fortifications de France.
Là il fait venir de nombreux maçons, tailleurs de pierres, appareilleurs et entrepreneurs originaires de Jarnages et de Pionnat. Entre autres Jean Tarade son cousin germain, devenu ingénieur du Roi, fils de Philippe Taradon de Fôt, laboureur, et Claude Tarade, entrepreneur de fortifications probablement aussi cousin germain, fils de Léonard Taradon de Fôt, laboureur. Plus plusieurs Bergeron et alliés entrepreneurs de fortifications. Pour ceux que nous avons retrouvé.
D’un caractère hautain et vindicatif, mais laborieux et intègre, chose assez rare dans sa profession.
Dans une lettre au tout puissant ministre Louvois il ne craint pas de dire, en parlant d’un de ses ancien sous-ordre devenu son collègue grâce à la protection du ministre : " Il scait que je n’aime pas les paresseux, que je haye beaucoup les menteurs et que ceux qui sont employéz sous moi doibvent charrier droit, cela n’a pas été toujours ainsi ailleurs. (Sitzmann dans son " dictionnaire des hommes célèbres d’Alsace "). Dans des rapports qui nous ont aimablement été communiqués par Monsieur Wolf de Srasbourg, Jacques Tarade ne mâche pas ses mots pour dire que le travail sur les canaux a été fait en dépit du bon sens. Vauban lui même dans une célèbre lettre au Roi dénonce les petites combines d’entrepreneurs qui coûtent très cher à l’état. Jacques Tarade devait bien connaître le personnel qu’il faisait venir de la Creuse, le tenait à l’œil ou lui faisait confiance. Il fallait garder sa réputation au Pays.
Il contrôlait les fortifications de Ath en Belgique jusqu’à Bâle en Suisse et Landau en actuelle Allemagne.
Sa brillante carrière et la valeureuse défense de la ville de Charleroi lui valurent d’être un des rares anobli comme directeur de fortifications en 1683. Lui, et sa descendance par ses gendres, tiendront pendant près de soixante quinze ans la direction des fortifications d’Alsace. La place la plus recherchée du Royaume(A. B.)
Ce fut la progéniture la plus remarquable de Marguerite Villedo et de son trio d’hommes. Né probablement à Jarnages
Marguerite put connaître l’anoblissement de son fils puisqu’elle ne mourut que quelques neuf ans plus tard, le 20 mars 1692 à Paris. Et lorsque Jacques Tarde revenait à Paris il demeurait rue Richelieu.
Odille et Jacques moururent tous les deux à 82 ans.
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Par Yves de Tarade avec l’aide de messieurs Eric Boyron et Pierre Valéry Archassal
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Notes
Selon une loi de Louis XIV, les bourgeois devaient obligatoirement déposer des armoiries, si non on leur en imposait et bien sûr cela s’accompagnait d’une taxe (sorte d’impôt sur la fortune).
Pour Tarade, ce fut : d’azur, à deux fasces d’argent maçonnées de sable de trois traits.
Azur et argent, ou bleu et blanc était depuis toujours les couleurs des compagnons maçons (Jean Pierre Bayard " le compagnonnage en France "). Cela permettrait de penser que Jehan Taradon avait suivit une formation de compagnon. Ses deux fils, Odille et Jacques, anoblis pour des raisons différentes à des époques différentes déposèrent les mêmes armes, cela laisse à supposer que c’était déjà celles de leur père.
Pour Villedo, ce fut : de gueules, à deux pales d’or. (donné par Gilbert Philippe Emile de Tarade)
Pour Bergeron, je ne sais pas. Gilbert Philippe Emile de Tarade donna, dans sa notice généalogique, des armes à Antoine, mais comme de toute évidence il a confondu deux Antoine Bergeron, et que je connais la descendance de l’autre, dont il a aménagé curieusement les armes pour le nôtre, je reste perplexe.
Le travail de construction d’édifice religieux ou militaire était exempt de taxes. Ces maçons étaient francs de taxes, francs-maçons. ( Rien à voire avec la franc-maçonnerie du XVIII et XIX eme siècle)
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Il y a à Paris, une rue, tracée en 1639, qui porte, avant la fin du siècle, le nom de rue Villedo, et, à Guéret, depuis 1972, dans le quartier de Braconne, une rue Michel Villedot (sic). Mais combien de Parisiens, et combien de Guérétois savent précisément qui fut ce Villedo (ainsi signait-il), à qui Paris est redevable d’avoir, sous Louis XIII puis sous Mazarin, considérablement remodelé son visage (Henri Gerbaud)
Dictionnaire historique des rues de Paris, par Jacques Hillairet (ed. De Minuit 1985).
En plus de ce qui a été rapporté plus haut :
Rue Villedo 1er arrondissement de Paris, commence 41 rue de Richelieu ; finit 32 rue Sainte Anne.
Cette rue, percée en 1639/1640, porte depuis la fin du XVIIème siècle le nom de Michel Villedo qui, de simple maçon, devint " général des bâtiments du Roi ". Chargé à ce titre, de l’aplanissement de la Butte des Moulins (Butte aux Moulins). L’architecte Pierre Bullet habita, en 1699, cette rue qui devait devenir assez mal famée après la démolition des galeries de Bois du jardin du Palais Royal, car elle hérita de la plupart des courtisanes qui fréquentaient ces galeries, et que l’on fixa aux ex-n° 4 et 10.
Les N° 8 et 12 gardent de vieilles maisons.
Annie Moulin dans " Les maçons de la Creuse "
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(Page 15)
Comment expliquer le développement de la migration vers Paris au milieu du XVII eme siècle ? L’interdiction de construire des maisons en bois dans la capitale à sans doute favorisé les " Limousinants " qui montent les murs en moellons. Mais la fortune des Villedo y est peut-être aussi pour quelque chose…..
…. Leurs descendants ont continué à dominer la hiérarchie du métier jusqu’à la fin du siècle.
Au sujet des charges de " Maîtres généraux des bâtiments du Roi " (page 130)
La charge est en principe héréditaire, mais les exemples de transmission de père en fils sont assez rares. Trois Villedo qui passent pour être originaires de Pionnat en Haute Marche, Michel, Guillaume et François furent Maîtres généraux au XVII eme siècle… ( Ces trois hommes étaient nés à Paris, c’est leur père qui était originaire de Pionnat)…Le rôle des Maîtres généraux est double. Ils sont à la fois Maçons de l’Etat et garde du métier.
Maçon de l’état, ils peuvent être appelés à inspecter les travaux d’intérêt public et les alignements des maisons qui risquent de porter atteinte à l’ordonnance de la voirie. Garde du métier, les Maîtres Généraux président à la réception des aspirants à la maîtrise. Surtout ils exercent la justice sur les gens du métier. Ils sont donc à la fois experts et juges et participent à tous les domaines de l’autorité de la communauté. Ce qui fait l’intérêt essentiel de la charge, c’est ce qu’elle rapporte. Seul le Maître Général ancien reçoit des gages qui s’élevaient à 620 livres à la fin du XVII eme siècle. L’essentiel des revenus des Maîtres Généraux proviennent des honoraires qu’ils touchent pour l’exercice de la Justice et des droits versés lors de la réception des aspirants à la maîtrise.
(Ces charges s’achetaient et se vendaient, comme celles de conseiller secrétaire du Roi maison couronne de France qui valait anoblissement après vingt ans ou en cas de mort en charge)
Pour en savoir plus sur ces charges voire aussi le traité de police de Monsieur de la Marre de 1738.
(Page 145)
La tradition creusoise veut que de longue date, les maîtres maçons parisiens aient été creusois d’origine. On en donne pour preuve les deux maîtres généraux des bâtiments qui ont dominé la maçonnerie parisienne au XVII eme siècle, Michel Villedo ( ? 1580 – 1650 ?) puis Pierre Bergeron, peut être originaire de Pionnat….
On sait que Michel Villedo mourut en 1667 et non 1650.
Bien qu’il y ait eu un Pierre Bergeron frère d’Antoine, je pense qu’il s’agit plutôt de ce dernier..
Le 21 juin 1669, cinq entrepreneurs des bâtiments du Roi sont déchargés par le roi d’une sentence obtenue contre eux, les nommés Mazieres père et fils, Bergeron, Bréau et Hamile. (Monsieur de la Mare page 32)
J’ai déjà rencontré Hamile ou Hamily au lieu de Hanicle.
On a vu également écrit Vildo ou Villedot peut-être Villo et Pillo.
Aussi Tarradon, Terade ou Terrade et Tarrade
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A. M. = Annie Moulin : " Les Maçons de la Creuse " " Les origines du mouvement " Faculté des Lettres et sciences humaines de l’université de Clermont-Ferrand.
J. P. B. = Jean Pierre Bayard : " Le compagnonnage en France " Editions Payot
Monsieur de la Mare : " Continuation du traité de la Police ", tome 4, de 1738.
Yves de Tarade " Généalogie et histoire de la famille de Tarade "
R.P. = registres paroissiaux
A.N. = Actes notariés.